Le tout sécuritaire tue t-il le spectacle sportif dans les stades ?

Compte-rendu table ronde – Audencia Campus Paris – 95 rue Falguière 75 015 Paris

Le 14 mars 2019, neuf étudiants du Mastère Spécialisé® MOS ont organisé une table ronde sur le sujet « le tout-sécuritaire tue-t-il le spectacle sportif dans les stades? ».

Guidés par Patrick Mignon, sociologue spécialiste de la question et médiateur pour la soirée, les quatre intervenants ont pu apporter des points de vue différents sur la question. D’un côté, Antoine Mordacq, Chef de la division nationale de la lutte contre le hooliganisme (DNLH) et Dominique Mlynarski, Président de la commission de la sécurité de la LFP ont pu exprimer la position de l’Etat et des instances de régulation. De l’autre, James Rophe, porte-parole de l’Association Nationale des Supporters (ANS) et Jean-Luc Lemarchand, PDG de la société de sécurité Stand’Up ont pu faire entendre les voix des supporters et celles des agents de sécurité.

Intervenants de la table ronde (de gauche à droite) : Dominique Mlynarski (LFP), Antoine Mordacq (DNLH), Jean-Luc Lemarchand (Stand Up) et James Rophe (ANS)

Instances de régulation et supporters : une volonté affichée de dialogue et d’apaisement

Historiquement plutôt répressifs envers les supporters, les pouvoirs publics français amorcent un changement de cap en promulguant la loi du 10 mai 2016 (mise en application en 2017). Cette loi a vocation à lutter contre le hooliganisme et renforcer le dialogue entre les
acteurs avec notamment la mise en place obligatoire des référents supporters dans les clubs. Les intervenants le confirment, depuis 2016, les relations entre supporters et pouvoirs publics sont à l’apaisement. Les supporters sont de plus en plus reconnus comme une composante essentielle du spectacle sportif. C’est notamment ce qu’affirme Dominique Mlynarski (LFP) : “On voit qu’il y a une évolution. Nous prônons la communication et la place importante des supporters dans les stades”. James Rophe (ANS) déclare, quant à lui, qu’il s’agit “d’un tournant décisif pour les supporters. Certains prennent progressivement conscience qu’ils peuvent devenir acteurs de ce dialogue.”

Encore des blocages et des tensions: « Un déplacement de supporters Marseillais à Paris pose systématiquement problème. » – Antoine Mordacq

Les problèmes, blocages ou difficultés qui ressortent le plus souvent dans la presse, sont liés aux actes de violence mais aussi aux interdictions de déplacements de supporters. A ce propos, Antoine Mordacq (DNLH) rappelle tout d’abord qu’une minorité de matchs sont concernés par ces interdictions administratives, bien que les chiffres soient en augmentation depuis 2015. Ensuite, il explique: « qu’il est plus facile de parler et de prendre des décisions au niveau national que d’appliquer ces décisions au niveau local, club par club. » C’est au niveau local qu’apparaissent les plus grosses difficultés. A Dominique Mlynarski de constater que « la DNLH tente de pousser pour qu’il y ait des supporters mais le préfet a le dernier mot ».

En revanche, avant de s’attacher à la problématique spécifique des supporters, James Rophe et Jean-Luc Lemarchand (Stand Up) pointent du doigt la nécessité de faire évoluer l’accueil et la sécurité des publics dans les enceintes sportives / stades de manière générale.

Quelle place pour les supporters ? « Traitez les supporters comme du bétail, ils se comporteront comme du bétail” – James Rophe

Les quatre intervenants se rejoignent pour dire que les relations entre instances de régulation et supporters (et le public de manière générale) ne sont pas encore optimales et qu’il faut continuer à oeuvrer pour que sécurité et spectacle sportif aillent de pair. Selon James
Rophe, l’enjeu principal à l’origine de la majorité des tensions est un enjeu d’organisation avant tout. L’ANS souligne également les prises de décisions encore trop unilatérales de la part des instances de régulation et recommande de pousser au développement des outils mis en
place suite à la loi de 2016. Dominique Mlynarski rétorque que l’ANS doit également faire des efforts pour parvenir à fédérer les supporters. Selon lui, les “vrais ultras” responsables de violences, ne souhaitent pas se rattacher à l’ANS.

Jean-Luc Lemarchand souligne par ailleurs, que l’accueil réservé aux supporters et au public en général, apparaît comme fondamental pour l’image et la réputation d’un club et d’une ville. Le traitement réservé aux supporters est donc un enjeu marketing majeur à ne pas négliger.

Vers une aseptisation des stades ?

L’intégralité des intervenants, y compris l’ANS, s’accorde à dire qu’il n’existe pas de volonté étatique ou institutionnelle visant à aseptiser les stades. Ces derniers ont parfaitement conscience que les supporters font partie intégrante du spectacle sportif. Antoine Mordacq a d’ailleurs réaffirmé la position du Ministère de l’Intérieur : “Du point de vue de l’Etat, il n’a pas objectif en ce sens” avant d’ajouter : “nous avons conscience de l’importance des supporters. Ce sont les supporters qui mettent l’ambiance”. Néanmoins, les mesures restrictives à l’encontre des supporters proviennent, selon Jean-Luc Lemarchand (Stand Up), d’une évolution des comportements et de la société vers une plus grande agressivité, une plus grande violence.

Pour conclure

À ce jour, il est encore trop tôt pour mesurer l’impact de la loi Larrivée (2016), plusieurs défis sont encore à relever pour les acteurs institutionnels et associatifs. Néanmoins, le climat d’apaisement actuel a le mérite d’être le socle idéal pour répondre aux enjeux futurs en matière d’accueil et de sécurisation des supporters dans la préservation du spectacle sportif.

 

par Georges Thi & Coline Guillou